
Beaucoup de futurs acquéreurs de barbets me posent la même question :
y a-t-il beaucoup de consanguinité chez nos chiens ? Il m'est bien difficile de
leur répondre. Beaucoup, un peu, trop, tout est question d'appréciation.
Il y a quelques années, je m'étais amusée à calculer le coefficient de
consanguinité des barbets. A partir des deuxièmes générations, il était très
fort (plus de 50% pour certains chiens) pour devenir plus raisonnable après les
années 90. De nos jours, il est tout à fait acceptables pour les chiots qui
naissent.
Mais
bien sûr, il y a de la consanguinité chez nos barbets, comme dans toutes les
races d'ailleurs . Il faut bien être conscient que sans unions consanguines les
races n'existeraient pas. Tous les bergers allemands du monde ont le même
ancêtre : Horand von Grafrath, et il n'est pas rare, encore aujourd'hui, de
rencontrer de grands champions de beauté et de travail dont le père est aussi
l'oncle et la mère la grand-mère, etc. Dans certains pedigrees de chiens on
retrouve le même sujet sur deux ou trois générations. Pourtant, ceux que je
connais, sont tous de
beaux chiens, équilibrés et en bonne santé, pas des monstres agressifs.

Car contrairement aux idées reçues, une union consanguine n'engendre pas de
monstres. La consanguinité a de tout temps été utilisée en élevage pour
fixer rapidement les qualités recherchées. Sans son utilisation, aucune race
n'existerait. Il faut cependant distinguer deux sortes de consanguinité: la
consanguinité étroite et la consanguinité large.
La consanguinité étroite
consiste à accoupler deux proches parents (père/fille ; mère/fils ; frère/sœur.)
et assure des résultats rapides et spectaculaires. Elle est surtout utilisée
pour fixer des traits précis (couleur des yeux, port de queue, etc) ou pour
"resserrer » sur un sujet précis.
Une consanguinité large qui consiste en union
plus éloignée (arrières cousins entre eux, par exemple) permet de garder le type
non plus d'un individu précis mais plutôt d'une lignée. Plus diluée, elle
autorise une sélection moins draconienne que celle indispensable en
consanguinité étroite.
En effet, si la consanguinité a l'avantage de fixer rapidement les caractères
recherchés, elle fixe aussi les défauts. Tout est transmis de la même façon
aussi faut-il que les sujets choisis soient le plus parfait possible et qu'ils
aient subi un contrôle très sérieux en ce qui concerne d'éventuelles tares
héréditaires. Il est faux de dire que la consanguinité crée des tares. Elle ne
fait que révéler celles cachées au sein du patrimoine génétique.
De même, il
est faux de dire qu'en mariant deux beaux chiens on obtient forcément des
champions. Accoupler deux champions sans avoir au préalable étudié leur
généalogie respective risque fort de ne produire que des chiens moyens. Par
contre, marier deux sujets même moins beaux mais génétiquement compatibles peut
faire naître des champions. Un chien peut être beau par hasard mais si ses
frères et soeurs, ses parents le sont aussi, alors on peut penser que son
phénotype (ensemble des traits visibles) est très proche de son génotype
(ensemble des caractères génétiques même cachés).
Un vétérinaire, éleveur passionné, m'expliquait
qu'il avait une femelle, bien dans le type de la race mais sans qualités
exceptionnelles (elle n'avait jamais eu d'excellent en exposition). Il l'avait
fait reproduire plusieurs fois en choisissant avec soin les mâles et en
s'assurant à chaque fois que leurs patrimoines génétiques étaient compatibles.
Il avait eu de très beaux chiens, dont plusieurs champions.
Le phénotype
n'est pas forcément transmissible mais le génotype est toujours héréditaire.

Toutefois je pense que l'utilisation de la consanguinité étroite devrait être
réservée aux éleveurs confirmés, connaissant bien la génétique et sachant en
maîtriser tous les paramètres. Car il faut bien reconnaître qu'il y a parfois
beaucoup de « casse ». Une éleveuse m'expliquait que lorsqu'elle faisait ce type
d'unions (frère/sœur par exemple), elle gardait les chiots jusqu'à 7 ou 8 mois
pour surveiller leur évolution. Elle m'a avoué avoir eu parfois des surprises
très désagréables (tares qui se révélaient alors qu'elle n'en soupçonnait pas
l'existence). Mais ce type de portées « test » lui permettait de voir où en
était sa lignée et de pouvoir agir en conséquence.
L'utilisation de mariages consanguins est donc un moyen très efficace et très
intéressant pour progresser en élevage. Elle permet de fixer rapidement les
caractères recherchés mais aussi d'éliminer les tares. J'ai lu il y a quelques
années un article d'un spécialiste allemand dont j'ai oublié le nom. Ce
professeur préconisait même son utilisation pour éradiquer « les vices cachés ».
Mais la consanguinité a ses limites et il faut éviter de céder à la tentation de
répéter sans fin une recette supposée magique car un excès de consanguinité peut
aussi conduire à l'extinction pure et simple d'une lignée. La nature est bien
faite et sait se protéger. Les exemples ne manquent pas en élevage, tel cet
éleveur qui avait entrepris une longue série d'unions consanguines étroites et
dont les sujets des dernières générations s'avérèrent stériles. Des lignées
prestigieuses se sont éteintes faute d'un apport de sang étranger réalisé à
temps. Il n'est pas exclu qu'une consanguinité trop étroite puisse influer sur
la longévité des races et leur santé. Ce sujet est d'ailleurs à l'étude.
Quand la consanguinité s'élève dans un cheptel, il est courant d'observer que
les résultats des saillies soient moins bons, la taille des portées diminue, en
moyenne; souvent, les chiots sont plus fragiles.
La solution bien sûr, c'est la retrempe avec un chien d'une autre lignée.
Beaucoup d'éleveurs, très attachés à leur lignée, hésitent à l'utiliser car ils
craignent de s'éloigner ainsi du type qu'ils ont eu tant de mal à créer. C'est
aussi prendre le risque de remettre en cause tout le travail de sélection et
c'est une décision qui ne doit jamais être prise à la légère. Et pourtant, elle
s'impose si l'on ne veut pas voir s'éteindre sa lignée.
Alors, n'ayons plus peur
de la consanguinité et continuons à faire confiance à nos éleveurs qui ont
toujours produit de bons et beaux chiens. Car si nous ne sommes pas toujours
d'accord sur l'esthétique de nos compagnons, il est un point qui rallie tous les
suffrages des
propriétaires de barbets, c'est l'extrême gentillesse et le
caractère affectueux de tous nos chiens.
Il y a très longtemps de cela, une très
vieille dame m'avait dit en parlant de son animal favori "c'est un coeur, avec
du poil autour".
Voilà en une phrase, ce qui définit le mieux notre barbet.
Sources : Etudes publiées par les Professeurs Denis et Courreau.